Hommage de Compostelle-Cordoue

Message reçu le 2 juin 2026 de notre amie suisse, Gabrielle Nanchen. Elle raconte cette aventure vécue ensemble, dans les années 2008-2010 et prolongée ensuite pendant plusieurs années.
DPM

Image Compostelle-Cordoue

Chers amis,
Comme certains d’entre vous l’ont déjà appris, Louis Mollaret nous a quittés.
Puisse-t-il trouver le repos et la paix dans le champ des étoiles – comme certains aiment traduire le mot Compostelle -, lui, le pèlerin multirécidiviste, le président d’associations jacquaires, le collaborateur passionné de l’historienne de Saint-Jacques, Denise Péricard-Méa.
Je l’ai rencontré pour la première fois il y a presque vingt ans. Je travaillais à l’écriture d’un livre, Compostelle, de la Reconquista à la réconciliation, dans lequel je racontais mon expérience du Chemin et exprimais mon indignation en découvrant que saint Jacques n’avait pas été vénéré en Espagne seulement comme disciple de Jésus mais comme Matamoros – tueur de Maures. J’y disais aussi dire mon espoir que le chemin de Compostelle devienne un vecteur du dialogue entre chrétiens et musulmans.
Ayant trouvé trouvé sur Wikipédia des informations à ce sujet, j’avais été amenée à visiter le site de la Fondation David Parou Saint Jacques. J’avais alors pris contact avec l’animateur de ce site, un certain Louis Mollaret, lequel eut la gentillesse de relire mon manuscrit et d’y apporter quelques critiques parfaitement justifiées. Ce qu’on appelle le hasard m’a permis de le rencontrer peu après en chair et en os, en compagnie de Denise Péricard-Méa. Je les ai invités à la maison. Maurice, mon mari, s’est d’emblée trouvé sur la même longueur d’ondes qu’eux.
Un soir, au coin du feu, au printemps 2008, j’ai émis l’espoir, passablement naïf, que les idées émises dans ce livre soient reprises et mises en pratique par quelque association de pèlerins ou même le Conseil de l’Europe. Louis a éclaté de rire : « Vous pensez qu’ils vont s’engager spontanément pour réaliser vos idées ? La personne qui doit s’engager pour que les choses bougent ne peut être que vous ». J’ai réfléchi quelques secondes avant de lui dire : « D’accord. Mais à la condition que vous y travailliez avec moi ».

C’est comme ça que l’aventure de Compostelle-Cordoue a commencé.

Très vite notre duo est devenu trio. Louis a fait appel à son ami de Grenoble, André Weill, pèlerin de Jérusalem et de Compostelle, qui a apporté à la fois son amour de la marche au long cours et son ouverture à la troisième tradition monothéiste. Puis c’est Bertrand Loze, un jeune toulousain très engagé dans l’Eglise catholique et le scoutisme, qui nous a apporté son concours. Nous ont rejoints ensuite Gabriel Baechler, un soufi valaisan membre de la tarika Alawiyyia, Abbas Aroua, fondateur et président de la Fondation Cordoue Genève devenue le Cordoba Peace Institute, Jacques Moreillon, un ancien du mouvement scout international et vice-président d’une fondation basée à Cordoue.
L’idée, portée tout particulièrement par Louis, d’organiser dans cette ville un colloque sur l’Andalousie mythique (celle de la convivencia, le vivre-ensemble entre musulmans, juifs et chrétiens) s’est imposée à nous. Non sans être précédée d’une marche symbolique, de Compostelle à Cordoue – à rebours du chemin de la Reconquista -, ont insisté André et Bertrand. Grâce à mes anciennes relations dans la Berne fédérale, nous avons pu obtenir la contribution financière indispensable pour payer les voyages et hébergements des personnes invitées au colloque. Parmi lesquels, notre aimé et regretté Paolo dall’ Oglio.
C’est ainsi qu’a été préparée la première marche de Compostelle-Cordoue. Marche préparée et guidée par André Weill et à laquelle participait notamment Louis, infatigable et droit comme un I.
Cette marche est racontée dans un livre à la rédaction duquel Louis tenait beaucoup. Un livre écrit à plusieurs mains par les personnes qui y ont participé et dont il a été le coordinateur principal, Compostelle-Cordoue, marche et rencontre, 2012, Editions St-Augustin. Il en a rédigé, de sa plume précise et élégante, une partie des textes.

Pour conclure l’hommage que j’ai essayé de lui rendre ici, je me permets de recopier la majeure partie de la conclusion qu’il y a apporté :
Dans le climat actuel de montée des intégrismes, de peurs entretenues, de difficultés sociales accentuant les rancœurs et la recherche de boucs émissaires en la personne des étrangers, nous sommes convaincus que la promotion de l’esprit de Cordoue est une chance pour l’Europe (…) L’Andalousie a été pour l’Europe un creuset où bien des drames ont fait surgir le souvenir d’un bien commun inestimable : la convivencia. Cordoue a conservé pour l’Europe des racines qui sont juives, chrétiennes et musulmanes. Il importe qu’elles soit connues, reconnues et partagées. Nous vous y invitons ».

Merci à la Vie qui t’a prêté à nous, Louis.
A Dieu à toi. Nous t’aimions.
Gabrielle